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mardi 5 septembre 2017


CRISE AMÉRICANO-CORÉENNE :

ROBERT CHARVIN donne son point de vue à INITIATIVE COMMUNISTE.

 

Doyen honoraire de la Faculté de droit de Nice, militant communiste, auteur d’un livre récent paru chez Delga (Comment peut-on être Coréen du nord ?), Robert Charvin livre son analyse sur la situation dans la péninsule coréenne aux lecteurs d’Initiative communiste, journal du PRCF.

 

Initiative Communiste :  Votre ouvrage s’inspire de la question de Montesquieu “ Comment peut-on être persan? ” La façon de traiter la Corée du Nord dans l’espace médiatique en France, fondée sur les préjugés, n’est-elle pas indigne de l’esprit d’examen propre aux Lumières ?

Robert Charvin : Montesquieu ironisait sur les incultes ethnocentristes de son temps qui ne concevaient pas que l’on « puisse être persan » ! Quelques siècles plus tard, il en est de même au sein de la « patrie » des droits de l’homme (en réalité, l’homme occidental) dont les valeurs seules sont « universelles ».

            Les Autres n’ont que des leçons à recevoir du haut de notre grandeur éternelle : les « Trumpistes » français ont précédé les Américains!
            Les pays qui ne s’alignent pas sont dans l’erreur et leurs gouvernants des voyous dangereux pour le monde !

            À Paris, comme à Washington, on sait que la seule démocratie qui vaille est élective, peu importe que l’argent ou la violence (selon les pays) décident des résultats. Quant aux droits économiques et sociaux, ils n’ont pas à être pris en compte pour procéder à l’évaluation… et aux sanctions contre les régimes qui « déplaisent » ! Les Euraméricains, maîtres (provisoires) du monde, s’autoproclament ainsi juges du « Bien et du Mal » dans l’ordre international. Les principaux médias et les partis suivent sans examen ces jugements de cour. La Corée du Nord fait consensus : elle serait l’incarnation de la malfaisance, bien que nul de fasse allusion à la tragique histoire nationale (colonisation japonaise féroce, guerre américaine dévastatrice, embargo et sanctions à répétition depuis 1953, etc.). Rares sont ceux qui connaissent son syncrétisme idéologique fait de marxisme et de confucianisme. Pour se conforter dans leur « bon droit », nombre d’Occidentaux préfèrent ne pas savoir !

 

Initiative Communiste : Dans votre ouvrage, vous rappelez certaines réalités de l’histoire coréenne (un ambassadeur coréen se suicidant dans l’indifférence générale devant les grandes puissances entérinant la colonisation de son pays par le Japon, un seul immeuble debout à Pyongyang après les bombardements US pendant la guerre de Corée etc.). Est-ce cette histoire tragique qui explique la résistance patriotique farouche que la RPDC oppose toujours à l’impérialisme?

Robert Charvin : Maltraiter un peuple, comme l’a été le peuple soviétique dès la Révolution d’Octobre, le peuple palestinien depuis plus d’un siècle, le peuple cubain après 1958, ou le peuple nord-coréen, c’est provoquer en leur sein ce qu’on peut appeler un « effet citadelle ». Assaillis de toutes parts, par tous les moyens, menacés d’agression militaire, mis en difficultés économiques, discrédités par les puissances médiatiques dans l’opinion internationale, ces peuples ne peuvent qu’avoir une réaction défensive faite d’un patriotisme virulent, d’une mobilisation farouche, d’un monolithisme sans faille. Toute critique ne peut être que trahison dans une situation de belligérance chronique ! Toute concession devient marche vers la capitulation.

            Si l’Occident et ses « droits-de-l’hommistes » professionnels avaient réellement la volonté de favoriser les droits humains en Corée et dans le monde, comme ils le prétendent, ils dénonceraient les sanctions collectives et favoriseraient la détente et la coopération. La politique d’agression et les condamnations médiatiques systématiques sont incompatibles avec « l’aide au développement de la démocratie ». Étrangler un peuple le conduit à respirer mal et à se débattre !

            Cette pathologie féroce, liée au fait que le capitalisme a besoin d’ennemis, présente cependant des avantages pour les victimes. Le peuple coréen est concrètement informé de ce qu’ est l’impérialisme et ses tares destructives. Il a su se constituer en une force de résistance homogène, cohérente, et il a appris à surmonter toutes les difficultés imposées. Il est grave que les progressistes et de nombreux communistes en Occident n’en aient pas une conscience claire, à croire qu’ils préfèrent l’impérialisme des grands à la souveraineté des petits !

 

Initiative Communiste : Manœuvres militaires géantes, déploiement de missiles, de sous-marins et porte-avions nucléaires, les États-Unis choisissent une stratégie de la tension en Corée : est-ce exagéré de parler de menace sur la paix mondiale ?

Robert Charvin : En permanence, depuis des décennies, les États-Unis et leurs alliés (en particulier ceux de Séoul et de Tokyo, mais aussi de Paris) menacent l’existence même de la Corée du Nord en invoquant paradoxalement ses « provocations » ! La plus gigantesque armée du monde, celle des États-Unis, est pourtant à sa porte, dotée des armes les plus sophistiquées, y compris nucléaires. Chaque année, elle manœuvre aux frontières avec les armées sud-coréennes et autres, mimant encerclement et attaques ! Le peuple coréen a déjà subi les massacres, notamment sur les populations civiles, que pratiquent les armées occidentales lorsqu’elles veulent détruire un système ne leur convenant pas : la guerre de 1950-1952 n’est pas oubliée !

            Ce sont les États-Unis qui, bien loin de leur territoire national, provoquent tous les peuples de la région qu’ils veulent garder ou mettre sous tutelle !

            Ce sont les États-Unis qui jouent dangereusement de leur puissance nucléaire en osant invoquer la légitime défense. Au discours délirant de Trump s’ajoute une propagande massive et sans nuance contre la Corée du Nord, reprise par les Européens. Certains films américains vont jusqu’à imaginer une invasion militaire nord-coréenne du territoire des États-Unis : le film “L’Aube rouge” , par exemple, passé récemment sur une chaîne TV française !

            En fait, cette paranoïa anti-coréenne est totalement feinte. Elle dissimule une réalité géostratégique de première importance pour les États-Unis : la Corée est une zone de contacts avec la Chine, la Russie et le Japon. Le maintien de la présence militaire américaine est jugé nécessaire aux intérêts des États-Unis. La petite Corée du Nord est l’ennemi « utile ». Il faut entretenir sa mauvaise réputation communiste, il faut empêcher sa réunification avec le Sud afin de conserver un abcès de fixation justifiant l’ingérence étasunienne dans la région (notamment les bases en Corée du Sud, à Guam, etc.). Tous les moyens sont bons pour maintenir un état de guerre larvée empêchant un développement rapide de la Corée du Nord, au risque de déclencher un affrontement entre les puissances.

            Là encore, un regret s’impose : certains courants progressistes, obsédés par l’électoralisme, négligent le fait que la RPDC propose depuis toujours la dénucléarisation de toute la région, est prête à conclure un traité de paix avec les États-Unis garantissant sa souveraineté et à coopérer avec tous les États du monde. Renvoyer dos à dos les parties en présence, comme cela est fait pour les Palestiniens et les Israéliens, pour la Russie et les États-Unis, au nom d’une paix dont on ne précise pas le contenu, c’est en fait crier avec les loups !

 

Initiative Communiste : En 2016 et 2017 un très important mouvement populaire a conduit à la chute du gouvernement Park. Y a-t-il une évolution vers une démocratisation du régime autoritaire du sud ? Les premières annonces du nouveau président, sur la réouverture d’un dialogue direct avec la Corée du Nord, sur le système anti-missile américain en cours de déploiement, soufflent le chaud et le froid. N’est-ce pas le peuple coréen le principal atout pour la paix ?

Robert Charvin : La force décisive pour des changements positifs en Corée, c’est le peuple coréen tout entier. S’il n’y a pas encore de bonnes relations entre le Nord et le Sud depuis la fin de la guerre mondiale, c’est du fait des grandes puissances, en premier lieu des États-Unis.

            Lorsqu’il se produit des changements à Séoul (comme ce fut le cas avec l’élection de Kim Dae-jung ou récemment avec l’élimination de la présidence corrompue de Mme Park (aujourd’hui incarcérée), le rapprochement Nord-Sud se réalise. Les médias occidentaux sont restés très discrets sur le vaste mouvement de masse qui a renversé à Séoul l’équipe dirigeante, grande alliée de Washington !

            Malheureusement, la nouvelle équipe qui n’est plus systématiquement hostile au Nord, reste subordonnée aux États-Unis et sa ligne politique n’est pas encore libre.

            Mais le peuple sud-coréen, y compris les grands groupes économiques comme Hyundai, comme le peuple du Nord, souhaite la réunification et la paix : la coréanité a pour les deux parties plus de vertus, n’en déplaise à l’Occident, que l’American Way of Life, importé au sud après 1949.

            On peut raisonnablement concevoir que le Nord et le Sud, malgré tous les obstacles, trouvent la voie vers une confédération, respectueuse dans un premier temps des deux souverainetés et des deux régimes socio-économiques, premiers pas d’une marche vers l’unité qui ferait de la Corée une nouvelle puissance émergente d’importance.

            La solidarité internationale, amputée aujourd’hui par la contamination des thèses des néo-conservateurs et par les conceptions de la social-démocratie (à l’exception de quelques cas individuels comme celui de J. Lang) qui ont envahi le courant progressiste, doit pouvoir renaître si la lucidité l’emporte sur l’ethnocentrisme et l’oubli de la géopolitique. La cause coréenne le mérite.

mardi 8 août 2017


Proche-Orient, Ukraine-Russie, Venezuela, Péninsule coréenne, Palestine, criminalisation des communistes en Europe de l’Est… : sur le plan international aussi, « LES BARRICADES N’ONT QUE DEUX CÔTES » (Elsa Triolet).

par Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF,

et Antoine Manessis, responsable de la commission internationale

 

Sur fond de crise larvée du capitalisme mondialisé et de difficultés croissante des USA à maintenir leur belliqueuse hégémonie mondiale, le monde vit une situation internationale contrastée et dangereuse, avec de très nombreux foyers de tensions dont certains peuvent à tout moment donner prétexte à des conflits dévastateurs, mondialisés, voire franchement exterminateurs, c’est-à-dire mettant en cause l’existence de l’humanité. En l’absence de l’URSS et du camp socialiste mondial, qu’a détruit la contre-révolution anticommuniste des années 90, faute d’un puissant Mouvement communiste international s’inspirant partout du marxisme-léninisme pour porter à la fois l’internationalisme prolétarien et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pour coopérer librement, en présence d’un impérialisme américain d’autant plus revanchard qu’il est historiquement déclinant, avec la montée en puissance d’une Europe allemande en pleine course aux armements et avec le retour en force international d’un Japon en proie au militarisme résurgent et au négationnisme historique, alors que Macron poursuit les ingérences néocoloniales en Afrique, alors qu’il menace la Syrie souveraine et qu’il s’engage dans la mise en place d’une « défense européenne » surarmée et asservie à l’OTAN, cette situation appelle de la part des forces communistes, progressistes, patriotiques, internationalistes, antifascistes et anti-impérialistes nationales et internationales un extrême esprit de solidarité et de responsabilité à l’égard des peuples et des pays qui tiennent tête, dans des situations généralement complexes, contradictoires et embrouillées, à cet ennemi principal des peuples, de la paix mondiale et de l’avenir même des hommes qu’est, sur tous les plans, économique, politique, culturel, écologique, et bien entendu, militaire, l’impérialisme-capitalisme.

 

Or, dans la dernière période, et nonobstant l’extrême danger pour la paix et pour l’avenir des processus progressistes, on voit s’accentuer la tentation de certains milieux dits progressistes, voire « marxistes », de MEGOTER leur solidarité avec les peuples victimes d’agression :

  • plus encore que d’autres Etats progressistes de l’ALBA, et plus généralement, de l’Amérique latine en lutte, le Venezuela bolivarien est tenaillé par une sanglante tentative de déstabilisation à la chilienne de la part de l’impérialisme US et de l’oligarchie locale ; or, alors que l’heure est aux manifestations de toute la gauche populaire française et européenne pour soutenir Maduro et pour combattre la « contra », on voit des dirigeants « communistes » (notamment le directeur de l’Humanité) qui donnent des leçons et qui appellent, en réalité, Maduro à quitter le pouvoir sans se battre, en un mot, à déserter le combat en « sauvant la face ». Quitte à isoler Cuba socialiste, la Bolivie et les autres pays de l’ALBA ?
  • équidistance irresponsable aussi quand certains ne lèvent pas le petit doigt pour conjurer la « guerre de grande ampleur contre la Corée du Nord » (comme l’a écrit D. Trump), dont la préparation militaire (manœuvres communes USA/Corée du Sud/Japon, « bouclier » antimissiles, etc.) est accompagnée par un tapage médiatique planétaire assorti de sanctions financières sans fin, hélas appuyées par l’ONU, et cela au motif que le « régime » nord-coréen (les aboyeurs de l’impérialisme emploient systématiquement cette expression codée quand il s’agit de déclasser un ETAT avant de l’écraser sous les bombes) ne répond pas aux critères édictés par l’Occident capitaliste en matière de « démocratie » : cette « démocratie » occidentale qui tolère que cinq millions d’enfants par an meurent de faim dans le monde, que plus d’un milliard d’hommes au monde, bientôt deux, dépérissent au chômage, que des Etats souverains entiers, notamment dans le monde musulman, soient détruits par les interventions américaines et otaniennes, que des milliers d’enfants, de femmes et d’autres innocents fuyant la mort risquent chaque jour la noyade en Méditerranée, que des Etats pétro-monarchiques médiévaux n’aient, eux, aucune question à se poser sur leur « régime » interne grossièrement oppressif pourvu qu’ils participent de l’ordre prédateur mondial parrainé par Washington, Tokyo, Berlin et leurs petits suiveurs de l’Elysée… et qu’ils financent de temps à autre l’ « achat » à grand bruit d’un mercenaire du sport-spectacle !
  • de même qu’il est fréquent, y compris « à gauche », voire à l’ « extrême gauche », de renvoyer hypocritement dos à dos les USA et les Etats russe, syrien, iranien, chinois, au motif que ces derniers ne correspondent pas aux normes du « pluralisme » (si mensonger tant il est de plus en plus sous contrôle à l’Ouest) du sacro-saint « Occident » auto-rebaptisé « Communauté internationale », alors même que l’ensemble constitué par la Triade hégémonico-impérialiste Washington-Berlin/Paris-Tokyo regroupe moins d’un dixième des habitants de la planète Terre !

 

                Pis encore, on voit parfois des forces se réclamant de Lénine et de la révolution dénoncer l’ALBA (Alternative bolivarienne des Amériques), cette tentative internationale certes très perfectible et encore passablement inaboutie d’alternative au modèle néolibéral, mais qui reste un point d’appui pour tous ceux qui préfèrent la coopération internationale entre peuples souverains à la « concurrence libre et non faussée » du TAFTA et des transnationales. Certes, le gouvernement chaviste-maduriste en place à Caracas est fort loin d’être un pouvoir communiste « classique ». Certes, le processus bolivarien est encore dominé au Venezuela par la petite et moyenne bourgeoisie nationale. Certes, il n’est pas, ou pas encore, clairement orienté vers la révolution socialiste et vers la dictature du prolétariat qui seule pourra, comme la révolution ouvertement socialiste choisie par nos camarades cubains en 1959/61, stabiliser enfin le pouvoir révolutionnaire, de planifier le redressement économique, d’assurer un emploi à chacun et de construire une patrie pour tous. De même, les « républiques du Donbass » ne sont certes pas, à l’heure actuelle, des républiques soviétiques et ouvrières au sens de 1917 et elles ne prétendent d’ailleurs pas l’être ; mais n’est-ce rien que, face au véritable « Drang nach Osten » (poussée vers l’Est, comme on disait dans les années 1930 et 40…) de l’UE-OTAN appuyé par le gouvernement pronazi de Kiev, des forces patriotiques, populaires, voire ouvrières se soient dressées dans cet Est de l’Ukraine qui fut l’un des berceaux d’Octobre 1917, de la « Jeune garde » chère au romancier Fadéiev et de l’héroïque Résistance prolétarienne de masse à Hitler à l’époque de l’opération Barbarossa apparemment triomphante !

 

Face à cette situation compliquée, le PRCF rappelle quelques principes élémentaires qu’il est indispensable de se réapproprier.

Il s’agit à la fois d’échapper à l’extrême opportunisme des uns qui, pour ne pas rompre leurs bonnes relations avec l’UE qui les finance à travers le Parti de la Gauche Européenne ni avec le PS social-impérialiste dont ils dépendent électoralement, ne « soutiennent » Maduro que « comme la corde soutient le pendu », (au point qu’un tel « soutien » est pire qu’une attaque frontale tant il désoriente les défenseurs français du processus bolivarien !), mais aussi au sectarisme doctrinaire des autres qui refusent la dialectique marxiste-léniniste de l’identité communiste et du rassemblement populaire, national et international qui doit unir dans l’action tous les ennemis de l’impérialisme, de l’anticommunisme et du fascisme, étroitement associés au Venezuela, en Ukraine et en Europe de l’Est.

 

Cette dialectique objective unit pourtant dynamiquement, « en mouvement », la défense des objectifs proprement prolétariens (révolution socialiste, pouvoir des travailleurs, communisme…) à l’incontournable  exigence de construire ici et maintenant, à partir des rapports de forces concrets, de larges fronts antifascistes, anti-impérialistes, anti-oligarchiques, antimonopolistes, pacifiques, patriotiques, démocratiques, progressistes, avec en parallèle l’effort constant de la classe ouvrière et des communistes – c’est-à-dire de la partie de cette classe qui s’efforce de jouer un rôle d’avant-garde de classe organisée – pour diriger ces fronts de manière efficace contre l’impérialisme, pour isoler les oligarques et leurs commis, pour orienter en définitive les révolutions patriotiques et démocratiques dans le sens de la révolution socialiste et du pouvoir des travailleurs. Il n’y a pas opposition en réalité entre la construction et la défense pleine et entière de ces larges fronts et le développement, dans chacun des pays concernés, de partis communistes de combat, léninistes, ancrés dans le monde du travail et les quartiers populaires ; bien au contraire, les deux objectifs s’épaulent, de même qu’à l’échelle mondiale et régionale, il n’y a pas opposition entre la mise en place de larges coalitions internationales pour la paix, le progrès et l’environnement, et l’impérieuse nécessité que renaisse à tout le moins un large Mouvement communiste international débarrassé à la fois de ses tentations opportunistes et de ses crispations sectaires, lesquelles se nourrissent d’ailleurs mutuellement.

Pas de contradiction non plus entre la solidarité de classe internationale avec les communistes et les syndicalistes de classe souvent persécutés à l’Est, y compris en Russie, et l’exigence pacifique élémentaire consistant à refuser qu’à nouveau, le grand peuple russe, qui fut l’artisan n°1 de la défaite hitlérienne, se trouve encerclé, menacé, amputé, « sanctionné » systématiquement par une politique euro-atlantique de plus en plus agressive. Celle-ci, après avoir annexé l’Europe de l’Est à l’UE/OTAN (pour le plus grand malheur du peuple français dont le pays est sapé en profondeur par la « construction » euro-germano-atlantique redoublée qui a résulté de ce basculement contre-révolutionnaire des rapports de forces européens) et une partie des Républiques soviétiques, voudrait désormais presser la Russie militairement sur ses flancs balte, polonais, ukrainien, caucasien, centre-asiatique... sans parler de la pression militaire sur Pyongyang qui vise très directement la Chine populaire et la Fédération de Russie, toutes deux limitrophes de la République populaire démocratique de Corée…

Pas de contradiction enfin à se réclamer de la lutte universaliste pour la démocratie populaire, le socialisme et le communisme, et à défendre le droit du peuple coréen à la réunification (sous le principe « Un Etat, deux systèmes sociaux », comme cela s’est fait pour Hong Kong) pacifique, ce qui implique le droit de la RDPC à l’autodéfense face à l’armée US nucléarisée et omniprésente au Sud, face également à un Japon qui brûle de liquider sa constitution pacifiste, de se doter de l’arme nucléaire et de ré-intervenir partout où ses intérêts impérialistes le lui dicteront. Pas de contradiction à défendre le « pluralisme » dont certains se réclament abstraitement contre le « totalitarisme », car à notre époque, le totalitarisme le plus dangereux – s’il est permis d’user de ce vocabulaire plutôt confus sur le plan conceptuel – est celui que les USA et leurs suiveurs veulent imposer au monde entier, sans espace politique de repli, et en mettant en place une pensée, une économie, une « culture », voire une langue unique mondiale « made in Wall Street », avec un asservissement mental sans précédent des individus suivis à la trace par le « Big Brother » atlantique et néolibéral. C’est d’autant plus vrai que de plus en plus, au prétendu « soft power » (« pouvoir doux ») néolibéral exercé sur les esprits par l’entremise de ses médias alignés, l’UE euro-atlantique ajoute le poing de fer en collaborant sans états d’âme avec des gouvernements cléricaux et fascisants (Varsovie, Pays baltes, Ukraine…), en réprimant les courageux partis communistes de l’Est (Pologne, Ukraine, Hongrie, Bulgarie, Tchéquie…), en ouvrant partout ses portes à une extrême droite nostalgique d’une « Europe blanche », pseudo-« chrétienne » et « forteresse » constituée en pendant et en rival de l’impérialisme US pour la domination sur les pays de l’Est et du Sud. Ne parlons pas de l’appui, souvent direct et grossier, que le prétendu Occident libéral n’a cessé, pour des raisons de classe mâtinées d’antisoviétisme et d’anticommunisme, d’apporter durant des décennies aux intégristes religieux à la Ben Laden qui ensanglantent périodiquement la planète et qui sont, à bien des égards, des sous-produits, voire des sous-traitants de l’impérialisme euro-atlantique.

 

Cela signifie qu’il faut en revenir au principe selon lequel, oui, « les barricades n’ont que deux côtés ». Lors des affrontements décisifs de la Révolution française, notamment durant l’An II de la République, en février et en juin 1848, pendant la Commune de Paris, lors de la Révolution d’Octobre, de Stalingrad, de la guerre de libération du Viêtnam, etc., et n’en déplaise aux petits bourgeois de droite et de gauche, il n’y a jamais eu « trois » camps, fût-ce le camp suprêmement bien-pensant des super-révolutionnaires qui comptent éternellement les points avant, puis qui pleurent les défaites et qui donnent ensuite des leçons rétrospectives : en effet, les situations politiques CONCRETES ne sont pas des situations de laboratoire. Elles ne présentent presque jamais un visage « pur » et défini où il y aurait d’un côté les « bons », 100% garantis sur facture, et de l’autre, les « méchants ». Du côté des exploiteurs aussi, il y a souvent des « idiots utiles » exaspérants qui, pour faire valoir leur « belle âme » et prendre la pose devant la « postérité », prêtent la main aux prédateurs, comme du côté des peuples on trouve aussi, presque toujours, des aventuriers, des pêcheurs en eaux troubles et des carriéristes dont il faut déjouer les manigances. Comme le disait Lénine à l’encontre des snobs politiques de toutes obédiences, « Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. Il n’est qu’un révolutionnaire en paroles qui ne comprend rien à ce qu’est une véritable révolution. (…) C’est s’imaginer qu’une armée prendra position en un lieu donné et dira “Nous sommes pour le socialisme”, et qu’une autre, en un autre lieu, dira “Nous sommes pour l’impérialisme”, et que ce sera alors la révolution sociale ! ».

 

Encore faut-il bien entendu comprendre dialectiquement l’idée que « les barricades n’ont que deux côtés ». Cet énoncé n’est pas un appel au manichéisme et à l’alignement aveugle. Non seulement sur le principe général : car – une fois que, et une fois que seulement, l’on a clairement choisi son camp, celui de l’anti-impérialisme conséquent – on peut et on doit, du côté de la « barricade » que l’on a choisi, et sans quêter des applaudissements de la part du camp d’en face, qu’il faut au contraire encore plus fustiger, faire entendre si besoin ses critiques constructives pour permettre au camp que l’on a élu de GAGNER, ce qui signifie toujours au final, combattre les « pêcheurs en eaux troubles », aider à mettre le peuple travailleur en position dirigeante au sein de l’alliance anti-impérialiste et au final, faire prévaloir le seul point de vue authentiquement universel : celui du communisme entendu comme lutte des classes pour une société sans oppression nationale ni exploitation de classe. Bref, il faut entendre l’avertissement de Politzer, le philosophe communiste que fusillèrent les Allemands : « l’esprit critique, l’indépendance intellectuelle ne consistent pas à céder à la réaction, mais à NE PAS lui céder » : c’est toute la différence entre le véritable doute méthodique conseillé par Descartes, qui est entièrement tourné contre le préjugé et orienté vers les lumières, et l’éternel scepticisme contre-révolutionnaire et finalement ténébreux de ceux qui restent constamment « le cul entre deux chaises », hésitant entre réaction et progrès, ténèbres et lumières, obscurantisme et recherche universelle du vrai, camp impérialiste et camp des résistances patriotiques et populaires !

Et cette souplesse dialectique est encore plus nécessaire quand il s’agit d’apporter un soutien militant, et parfois, « militaire », à tel gouvernement qui n’est pas, n’est pas encore, voire ne sera jamais, prolétarien, voire qui, par certains aspects, s’affaiblit parfois lui-même dans sa lutte contre l’impérialisme en tracassant le prolétariat et les communistes de son pays.  C’est ainsi que les communistes du PRCF n’ont jamais mégoté leur soutien indéfectible aux communistes vénézuéliens, aux marxistes du FPLP, à tous ceux qui ont maintes fois été tracassés par les pouvoirs en place, y compris par des pouvoirs inconséquemment patriotiques préférant parfois leur caractère bourgeois à l’efficacité du combat anti-impérialiste. L’idée que « les barricades n’ont que deux côtés » n’enjoint donc en rien un alignement aveugle « derrière » tel ou tel gouvernement, fût-il anti-impérialiste ou antifasciste. Il est inséparable de l’esprit critique guidé par le marxisme, de la solidarité de classe indéfectible avec les prolétaires et les communistes de chaque pays (Syrie, Irak, Ukraine, Russie, Iran, Yougoslavie...), pourvu naturellement que cet esprit critique ne soit pas une manière d’atténuer l’aspect principal des choses : l’ACTION SOLIDAIRE de classe et de masse pour combattre le fascisme, l’impérialisme et leurs créatures, pour défendre le progrès social, les libertés populaires, la paix mondiale, la souveraineté des nations. Ainsi Lénine et Rosa Luxemburg dialoguaient-ils, parfois de manière âpre et publique, tout en défendant tous deux Octobre rouge, le mouvement Spartakus et l’Internationale communiste alors en plein affrontement de classes international : mais ils étaient clairement et d’abord, « avant tout et malgré tout » comme disait Karl Liebknecht, DU MEME COTE de la barricade, et ils ne prêchaient pas plus une « critique sans soutien » qu’un soutien aveugle et acritique du moment qu’ensemble, sans mégoter, chacun appuyait sans retour les « rouges » et les anti-impérialistes du monde entier.

 

Face aux dangers, bien trop surestimés, qui menacent la paix mondiale, face à l’hésitation actuelle du mouvement populaire français à expliciter le lien entre la résistance sociale à l’euro-casse et les gaspillages insensés prévus par Macron pour liquider l’idée même de défense nationale et lui substituer une armée « eurotanienne » ciblant la Russie et dotée de la force nucléaire française, face aux tentatives pressantes, pour l’instant largement contenues et déjouées par les peuples, de « purger » le Venezuela bolivarien, de déstabiliser l’ALBA et d’isoler Cuba pour « reprendre en main » toute l’Amérique latine, face à l’entreprise visant à asphyxier la RDPC et à la détruire atomiquement si l’occasion se présente pour Trump au risque de provoquer la Chine et la Russie, face à l’acharnement euro-américain visant à encercler et à recoloniser définitivement la Russie et l’ex-espace « soviétique », à prendre en tenailles l’Iran, à écraser l’héroïque peuple palestinien, à « contenir » et à « refouler » de mille façons la République populaire chinoise, l’impérialisme est loin, fort loin, d’avoir partie gagnée, comme on le voit notamment en Syrie où l’entreprise impérialiste, pseudo-« démocratique », de dépeçage du pays à l’irakienne a été stoppée.

 

Dans ces conditions, le PRCF continuera, non seulement de choisir son camp, celui de l’émancipation nationale, culturelle et sociale de la France et de toute l’humanité, mais de pratiquer la solidarité de classe internationaliste en « tenant les deux bouts » de la devise de l’Internationale Communiste formulée par Engels et Marx, puis enrichie par Lénine, « Prolétaires de tous les pays, peuples opprimés du monde entier, unissez-vous ».

Pratiquement, nous appelons nos amis communistes, syndicalistes, patriotes progressistes, internationalistes, de France et d’ailleurs, à faire plus fort et plus unitaire sur les points suivants :

  • L’appel au retrait français de l’UE-OTAN, ce facteur majeur d’oppression, d’exploitation et de guerre en Europe et à l’Est de l’Europe
  • La condamnation des ingérences néocoloniales françaises en Afrique (Libye, Mali, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Burkina Faso…) qui ne servent que les transnationales et qui desservent à la fois le peuple français et les peuples africains amis qui participent de l’espace francophone international
  • Le soutien beaucoup plus déterminé et UNI des progressistes, et d’abord de TOUS les communistes, aux camarades polonais, ukrainiens, baltes, tchèques, bulgares, hongrois, etc., persécutés par des pouvoir euro-fascisants qui ne criminalisent le communisme que pour mieux banaliser l’extrême droite
  • La défense de la paix, la promotion de la réunification nationale Nord-Sud, sans ingérence US, dans la Péninsule coréenne
  • Le refus de toute guerre, de toute tentative d’isolement, de toute forme de « sanctions », menaçant le grand peuple russe dont le Général De Gaulle disait loyalement en 1966 qu’il « a joué le rôle principal dans notre Libération »  à l’occasion de la seconde Guerre mondiale
  • Le refus de toutes les « sanctions » contre les peuples russe, iranien, nord-coréen, vénézuélien, l’imposition de sanctions internationales au gouvernement d’extrême droite israélien qui bafoue la légalité internationale, colonise arrogamment les territoires occupés et qui constitue un foyer permanent de guerre, de provocation et de crispation dans la région la plus dangereuse du monde ;
  • La levée immédiate du blocus contre Cuba socialiste, l’évacuation inconditionnelle de la base de Guantanamo par les tortionnaires mandatés du « régime » nord-américain, seule source permanente et structurelle d’atteinte aux droits de l’homme sur l’Ile de José Marti et de Fidel Castro.

 

Plus que jamais, faisons le lien entre cette action internationaliste conséquente et la stratégie nationale du PRCF, une stratégie qui marque et qui marquera de plus en plus de points auprès des vrais progressistes au fur et à mesure que se révèlera le vrai visage de l’UE/OTAN et de son dangereux petit proconsul macronien : la sortie de la France, par la voie progressiste, de l’euro, de l’UE, de l’OTAN dans la perspective révolutionnaire d’une rupture avec le capitalisme-impérialisme, dont la perpétuation au 21ème siècle devient un obstacle mortel au développement, voire à la survie, de la France, du progrès humain et de toute l’humanité.

Le 8 août 2017, Georges Gastaud et Antoine Manessis, pour le PRCF.

mardi 9 février 2016


N'oubliez pas de consulter le site d'Initiative Communiste, organe du PRCF (initiative-communiste.fr)


Commission Internationale du PRCF

Entretien exclusif d’Initiative Communiste avec le camarade Milton Pinheiro, dirigeant du PCB (Parti Communiste Brésilien).

 

 

Initiative Communiste : Comment juges-tu l’évolution de la situation au Brésil : politique gouvernementale, offensive des forces de droite, attitude des USA, ripostes populaires ?

Milton Pinheiro : Le gouvernement de coalition du Parti des Travailleurs (PT) durant ces 12 dernières années, a été marqué par une action politique que nous pouvons caractériser par ces deux traits : la gestion du capitalisme (qui a connu une augmentation des plus-values financières) et, d'autre part, une pratique agressive d’asservissement des mouvements populaires et des travailleurs.

En plus de ces deux caractéristiques, nous pouvons voir que Lula et Dilma Rousseff ont pris un virage à droite, se plaçant comme des gestionnaires / médiateurs de la crise du capital, avec suppression radicale du droit social et du droit du travail, et cela a donné une image embarrassante du joug exercé par le pouvoir économique sur la politique.

Une autre caractéristique du gouvernement bourgeois-PT a été d’essayer de résoudre les problèmes sociaux par le biais de la cooptation et de l’assistanat.

La situation politique du Brésil a été marquée par l’accélération de la conjoncture. Les forces réactionnaires, y compris une partie de la base politique du gouvernement Rousseff, se sont mises en mouvement pour destituer la présidente. Cependant, les changements de politique qui semblaient aller dans cette direction ont subi des revers avec la décision de la Cour suprême fédérale (STF) d’établir des règles, mettant fin au processus, et donc en faveur du gouvernement.

Au Brésil, il existe un rapport des forces qui place le jeu politique en impasse immédiate: les forces politiques de droite, y compris de caractère fasciste, ne peuvent pas obtenir un soutien important au Parlement, bien qu'elles aient eu une grande répercussion dans les manifestations de rue partout dans le Brésil (mais diminuant chaque jour).

Le PSDB, ancien parti du président Fernando Henrique Cardoso et du candidat défait, Aécio Neves, ayant une grande capacité de coordination des forces de droite au Parlement, ne peut pas assurer une plus grande présence de manifestations dans les rues à travers le pays.

 

 Initiative Communiste : Comment le PCB intervient-il pour politiser les résistances et pour porter l’alternative révolutionnaire?

Milton Pinheiro : Nous pouvons dire que, jusqu'à présent, la présidente Dilma a eu le soutien des États-Unis, à travers certaines déclarations de Barak Obama. Toutefois, sa politique étrangère maintient un certain degré d'autonomie vis-à-vis de la politique étrangère des États-Unis.

Le rapport des forces n’est pas en faveur des secteurs populaires, des travailleurs et de la Gauche communiste au Brésil. Cependant, il existe des secteurs opposés aux réformes qui ont permis d’occuper les rues, les usines, les écoles et les universités. C’est le fruit du militantisme du PCB, des secteurs ACFTU, CSP-Conlutas, du PSOL et de segments indépendants qui travaillent dans le mouvement syndical. Bien que ce ne soit pas encore un mouvement de masse, il s’agit là d’organisations qui ne sont pas cooptées par le gouvernement et qui maintiennent leur autonomie politique et de classe.

Héritier des meilleures traditions populaires de lutte des travailleurs et culturelles (de par sa reconstruction révolutionnaire) le Parti communiste brésilien a été organisé sur la base des mouvements populaires, des travailleurs, des jeunes et du mouvement des femmes, afin d'organiser une résistance, de consolider des espaces de pouvoir populaire, et de conduire la lutte pour une perspective socialiste.

Nous ne croyons pas à la plate-forme réformiste qui organise ses luttes en vue du processus électoral, même si l'on considère la participation au processus électoral comme importante, en tant que moment de la dénonciation du capitalisme. Les thèses du rapport de PCB établissent que le caractère de la révolution brésilienne est socialiste. Donc nos tactiques de luttes sont subordonnées à cette stratégie.

Le PCB a  lutté pour  la formation d'un front anti-capitaliste et anti-impérialiste comme outil les travailleurs, dans la perspective du pouvoir populaire et de la révolution socialiste.

 

 (traduction JMP pour PRCF)